Blog

L’Italien Renzo Rivolta, patron d’Iso SpA Refrigeradors de Milan, fabriquait des réfrigérateurs, des scooteurs et des petites motos. Afin de diversifier ses activités industrielles, et pour profiter du boom de la demande de voitures économiques à cette période, en 1952 il mit en chantier une microvoiture qui adoptait la forme d’un œuf. Cette curieuse voiture n’avait qu’une seule porte, à l’avant, et son unique banquette pouvait accueillir deux personnes, trois si la promiscuité ne constituait pas un handicap. Un moteur monocylindrique à deux temps développant 9,5 chevaux, décalé sur la droite, surmontait les roues arrière séparées d’une cinquantaine de centimètres. Au terme d’une courte incubation, l’Isetta (ou Petite Iso en italien) fut dévoilée au Salon de Turin de 1953.

« L’œuf » de Rivolta ne suscita pas l’intérêt escompté auprès des Italiens. Cependant, lorsque trois d’entre elles remportèrent l’index des performances des Mille Miglia, en 1954, des observateurs de BMW impressionnés par la chose firent rapport à Munich. À l’époque, ce constructeur allemand était reconnu pour ses voitures de qualité : la grande berline 502 et l’impressionnant cabriolet 507, des voitures aussi luxueuses qu’inabordables pour des Européens grevés par la guerre. Expert dans la construction de motocyclettes, BMW allait trouver dans cette petite voiture un moyen de joindre les masses pour éviter la faillite.

Transfert de nationalité

Une entente fut conclue avec Rivolta et, dès avril 1955, une première Isetta arborant l’écusson bleu et blanc de BMW quittait la chaîne d’assemblage allemande. La petite voiturette adoptait de nouvelles motorisations. L’Isetta 250 utilisait une variante de 12 chevaux du moteur de la moto R 25, un monocylindre de 245 cc. Un an plus tard, l’Isetta 300 aurait un 298 cc de 13 chevaux. Ces moteurs à quatre temps à refroidissement forcé permettaient à l’Isetta allemande d’accélérer de 0 à 50 km/h en 36 secondes et d’atteindre une vitesse de pointe de 85 km/h. Mais qui oserait rouler à pareille vitesse au volant d’une voiture longue d’à peine 2,3 mètres et dotée de roues arrière presque collées ?

La commercialisation de l’Isetta permettra néanmoins à BMW d’effectuer le redressement souhaité. Pas moins de 10 000 exemplaires furent vendus la première année et plus de 150 000 le seront jusqu’en 1962, dernière année d’existence de l’Isetta. Une variante à quatre places appelée 600, avec une deuxième porte latérale, fera une brève incursion dans la gamme de 1957 à 1959 et sera produite à 35 000 exemplaires.

L’Isetta sera construite dans plusieurs pays dont la Belgique et l’Angleterre. Les Américains en recevront environ 8500 et le Canada, quelques milliers qui proviendront de l’usine britannique.

Avantage prix ?

Abordable, cet œuf sur quatre roues ? Un concessionnaire d’Edmonton qui l’avait baptisé le « Sputnik albertain » l’offrait pour 995 $. En fait, son prix de base en 1957 était 1098 $. L’Isetta Motors of Canada avait même imaginé un programme de financement avec acompte de 366 $ à la livraison et versements hebdomadaires de 9 $ pendant un an.

La différence de prix était considérable par rapport à une voiture américaine typique du temps. La Ford Custom 1957, la moins chère de la gamme, coûtait 2423 $. L’importateur torontois faisait également miroiter la très faible consommation de carburant de l’Isetta, qui se contentait de 3,8 litres pour parcourir 100 kilomètres (5,2 litres serait plus près de la réalité, selon des usagers). Une américaine typique en consommait de 15 à 20. Mais à cette époque, en Amérique, l’essence coûtait moins cher que la bière !

Le boum économique d’après-guerre allait rapidement changer la donne pour les constructeurs de microvoitures, irrémédiablement destinés à disparaître. À mesure que les consommateurs s’enrichissaient, ici comme sur le Vieux continent, le confort spartiate et les performances anémiques des lilliputiennes comme l’Isetta devenaient moins acceptables. Leur attention se tournera rapidement vers les premières compactes dignes de ce nom, qui firent leur apparition à la fin des années 50 : les Lark, Falcon, Corvair, Valiant, etc., en Amérique, puis en Europe la Dauphine et la Mini, entre autres.

La BMW Isetta aura contribué à motoriser les Européens aux lendemains de la guerre, tout en permettant à son constructeur allemand de survivre…